Il existe un thème d’investissement transversal qui traverse la politique américaine depuis plusieurs années, indépendamment des alternances politiques : la reconquête de la souveraineté industrielle et stratégique. Drones militaires fabriqués aux États-Unis, infrastructure spatiale commerciale, uranium pour le nucléaire civil, terres rares hors de la sphère chinoise — ces secteurs partagent une logique commune que j’ai analysée en détail.

Le fil conducteur : la dépendance stratégique comme risque d’investissement inversé
Pendant des décennies, les États-Unis — comme l’Europe — ont externalisé leur production industrielle vers la Chine et d’autres pays à bas coûts. Cette stratégie a maximisé les profits à court terme mais créé des dépendances dangereuses sur des composants critiques.
Ce que j’observe dans mes recherches, c’est que le retournement de cette tendance crée des opportunités d’investissement très concrètes : les sociétés qui fournissent des alternatives « made in USA » ou qui sécurisent des chaînes d’approvisionnement stratégiques bénéficient d’une demande portée non pas par le marché libre, mais par la politique de sécurité nationale — une demande beaucoup plus prévisible et durable.
Les quatre valeurs que j’ai analysées illustrent chacune un aspect différent de ce thème.
Les valeurs que j’ai analysées
Red Cat Holdings (RCAT) — Le pure-play coté des drones militaires américains
Secteur : Drones militaires / Défense · Bourse : Nasdaq
Red Cat conçoit et fabrique des drones militaires entièrement aux États-Unis, certifiés dans la liste « Blue UAS » du Département de la Défense américain — la liste des drones approuvés pour un usage militaire, qui exclut explicitement les fabricants chinois (DJI en tête).
Ses produits couvrent plusieurs segments opérationnels : le Black Widow (drone de reconnaissance courte portée pour l’armée de terre), l’Edge 130 Blue (drone à décollage vertical pour environnements confinés) et le FANG (drone FPV à haute vitesse pour des missions offensives). Red Cat a également noué un partenariat avec Palantir pour intégrer ses drones dans des systèmes de commandement autonomes sans dépendance GPS.
Ce qui me convainc : Red Cat est l’un des rares pure-plays cotés sur le marché des drones militaires américains. Les grands contractants de défense (Lockheed, Raytheon, Northrop) fabriquent des systèmes à des centaines de millions de dollars — Red Cat comble le besoin de drones tactiques abordables, produits en grande série, avec des délais de livraison courts. C’est exactement le profil que l’armée américaine a identifié comme manquant dans son arsenal après l’analyse du conflit ukrainien.
Pourquoi je pense qu’il reste du potentiel : Le conflit ukrainien a démontré que les drones tactiques bon marché peuvent changer l’équilibre d’un champ de bataille. L’armée américaine en a tiré les leçons et multiplie ses programmes d’acquisition dans ce segment. Red Cat, déjà référencé et certifié, est en position idéale pour capter cette croissance.
Le risque à comprendre : Red Cat est une petite société en forte croissance mais encore peu rentable. Sa valorisation anticipe une accélération des contrats. Tout retard dans les programmes d’acquisition militaire pèserait sur le titre à court terme sans remettre en cause la thèse long terme.
Redwire Corporation (RDW) — Les « pioches et pelles » de l’économie spatiale
Secteur : Infrastructure spatiale / Équipements satellites · Bourse : NYSE
Redwire fabrique les composants critiques qui permettent aux satellites de fonctionner : panneaux solaires déployables ROSA (légers, haute puissance, adoptés par la Station Spatiale Internationale), capteurs d’attitude stellaire, structures déployables, avionique de vol spatial. Ses clients incluent la NASA, l’US Air Force, Axiom Space et des opérateurs commerciaux.
Ce qui me convainc : L’économie spatiale entre dans une phase d’industrialisation massive. SpaceX a prouvé que mettre un satellite en orbite peut coûter dix fois moins cher qu’avant. Cela ouvre la voie à des constellations de satellites commerciaux à grande échelle (Amazon Kuiper, Google Suncatcher, OneWeb). Tous ces satellites ont besoin de panneaux solaires, de capteurs et de structures — c’est le marché de Redwire.
J’aime le positionnement « pioches et pelles » : pendant la ruée vers l’or, ceux qui vendaient les outils ont souvent mieux gagné que ceux qui cherchaient l’or. Redwire ne parie pas sur quel opérateur de constellation va gagner — elle vend les composants à tous.
Pourquoi je pense qu’il reste du potentiel : La course entre hyperscalers pour déployer des constellations de satellites à bas orbite (LEO) est un catalyseur massif. Amazon doit rattraper SpaceX sur le marché du haut débit spatial — chaque satellite Kuiper est un client potentiel pour Redwire. Le « Lunar Gateway » et les ambitions lunaires de la NASA représentent un autre marché à long terme.
Un élément distinctif : Redwire développe une technologie de fabrication en orbite (projet Archinaut) qui permettrait de construire des structures spatiales directement dans l’espace, sans les contraintes de taille imposées par les lanceurs. Si cette technologie mature, elle représente une rupture majeure dans la façon de concevoir les satellites.
Uranium Energy Corp (UEC) — Le levier maximal sur la renaissance nucléaire
Secteur : Uranium / Énergie nucléaire · Bourse : NYSE American
Uranium Energy Corp est la plus grande plateforme de production d’uranium par lixiviation in situ (ISR) aux États-Unis, avec des opérations au Texas et dans le Wyoming. L’ISR est la méthode d’extraction la plus propre et la moins coûteuse, sans mine à ciel ouvert ni galeries souterraines.
Ce qui me convainc : L’intelligence artificielle a un problème énergétique. Les datacenters consomment des quantités d’électricité croissantes et prévisibles — exactement le type de demande pour lequel le nucléaire est conçu. Microsoft, Google, Amazon et Meta ont tous signé des accords d’approvisionnement en énergie nucléaire. La demande mondiale d’uranium augmente structurellement au moment où l’offre reste contrainte.
UEC a fait un choix stratégique que j’analyse comme particulièrement intéressant : elle ne couvre pas (hedge) sa production. En d’autres termes, elle vend son uranium au prix spot du marché, sans contrat à prix fixe à l’avance. C’est un risque — mais c’est aussi la façon d’obtenir un levier maximum si les prix de l’uranium montent.
Pourquoi je pense qu’il reste du potentiel : Le déficit structurel entre l’offre et la demande mondiale d’uranium devrait persister plusieurs années. La production mondiale ne peut pas augmenter aussi vite que la demande — ouvrir une mine prend 10 à 15 ans. UEC, avec ses actifs déjà développés aux États-Unis, peut augmenter sa production relativement rapidement. C’est un avantage concurrentiel dans un marché contraint.
Le risque à comprendre : UEC est sensible aux fluctuations du prix de l’uranium et aux décisions politiques sur l’énergie nucléaire. Un accident nucléaire majeur dans le monde pourrait provoquer des moratoires. C’est un investissement qui demande une conviction sur la renaissance nucléaire à long terme.
Critical Metals Corp (CRML) — Les terres rares stratégiques hors de la sphère chinoise
Secteur : Terres rares lourdes / Matières premières critiques · Bourse : Nasdaq
Critical Metals Corp détient 92,5% du projet Tanbreez au Groenland — l’un des plus grands gisements de terres rares lourdes connus en dehors de la Chine. Les terres rares lourdes (dysprosium, terbium) sont indispensables à la fabrication d’aimants permanents utilisés dans les moteurs électriques, les éoliennes, les missiles guidés et les équipements militaires.
Ce qui me convainc : La Chine contrôle environ 90% du traitement mondial des terres rares lourdes. Cette dépendance est perçue comme une vulnérabilité stratégique majeure par les gouvernements américain et européen. La sécurisation d’une chaîne d’approvisionnement alternative est devenue une priorité politique de premier ordre — et les sociétés qui peuvent la fournir ont une valeur stratégique qui dépasse leur valeur commerciale pure.
Le Groenland est particulièrement stratégique : territoire autonome danois, il est géographiquement proche des États-Unis et politiquement dans la sphère OTAN. Le projet Tanbreez est développé en dehors de toute dépendance à la Chine pour le traitement — ce qui est la partie la plus difficile à résoudre dans la chaîne des terres rares.
Pourquoi je pense qu’il reste du potentiel : Les gouvernements américain et européen ont annoncé des programmes de financement pour sécuriser des approvisionnements en terres rares hors Chine. Une société qui détient un gisement de classe mondiale dans un pays allié est structurellement en position de recevoir ce type de soutien. Les catalyseurs — accords d’achat (offtake), financement public, partenariats industriels — peuvent se matérialiser de façon non linéaire et créer des hausses importantes.
Le profil de risque : CRML est une société minière en développement — elle n’a pas encore de revenus commerciaux significatifs. C’est le profil de risque le plus élevé des quatre sociétés présentées ici. L’écart entre un gisement prometteur et une mine en production est immense en termes de temps, de capital et d’exécution. C’est une conviction de long terme, à dimensionner prudemment dans un portefeuille.
La logique commune : parier sur la réindustrialisation américaine
Ces quatre sociétés partagent un moteur commun : elles bénéficient toutes de la volonté politique américaine de réduire les dépendances stratégiques — vis-à-vis de la Chine pour les composants et matières premières, vis-à-vis des sous-traitants étrangers pour les équipements militaires, vis-à-vis des énergies fossiles pour l’électricité des datacenters.
Ce qui rend ce moteur particulièrement intéressant d’un point de vue investissement, c’est qu’il est bipartisan : républicains comme démocrates soutiennent la réindustrialisation américaine, même si les méthodes diffèrent. La continuité politique est donc plus assurée que dans des secteurs dépendant d’une majorité spécifique.
Mon approche pour investir dans ces valeurs
Accepter des profils de risque différents : Redwire et UEC ont des modèles économiques plus établis que Red Cat ou CRML. Un portefeuille équilibré peut mélanger les deux types — les premières pour la visibilité, les secondes pour le potentiel.
Suivre les catalyseurs politiques : dans ce secteur, les annonces gouvernementales (contrats DoD, financement Ex-Im Bank, accords interétatiques sur les terres rares) sont des catalyseurs aussi importants que les résultats financiers trimestriels.
Ne pas surpondérer : ces valeurs sont plus spéculatives que les grandes capitalisations des articles précédents. Une pondération de 3 à 5% par position dans un portefeuille diversifié est prudente.
Horizon long terme obligatoire : la thèse de la réindustrialisation américaine se joue sur 5 à 10 ans. Les cycles de dépenses militaires et les projets miniers ne se matérialisent pas en quelques trimestres.
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Questions fréquentes
Les drones militaires américains ne risquent-ils pas d’être concurrencés par des acteurs plus grands comme Lockheed ou Boeing ?
Les grands contractants fabriquent des systèmes complexes à coût élevé — ils ne sont pas positionnés sur les drones tactiques de petite taille produits en série. Red Cat occupe un segment que les grands évitent, car les marges unitaires sont plus faibles. C’est une coexistence plus qu’une concurrence directe. Par ailleurs, l’armée américaine diversifie intentionnellement ses fournisseurs pour ne pas dépendre d’un seul acteur.
L’uranium est-il vraiment un investissement d’avenir avec la montée des énergies renouvelables ?
Le nucléaire et les renouvelables ne sont pas en compétition — ils sont complémentaires. Les renouvelables (solaire, éolien) sont intermittents ; le nucléaire est pilotable et disponible en continu. Les hyperscalers qui signent des accords nucléaires cherchent précisément cette fiabilité pour alimenter leurs datacenters 24h/24, quelque chose que le solaire ne peut pas garantir seul.
Le Groenland est-il vraiment accessible pour un projet minier commercial ?
Tanbreez est un projet avancé avec des études de faisabilité détaillées — ce n’est pas une exploration débutante. Les conditions géologiques (gisement en surface, pas de galeries profondes) facilitent l’extraction. Le principal défi est la logistique (froid, éloignement) et le financement. C’est pourquoi les soutiens gouvernementaux sont si importants dans la thèse d’investissement.
Redwire est-elle menacée si SpaceX décide de fabriquer ses propres composants ?
SpaceX fabrique effectivement une grande partie de ses composants en interne — mais c’est une exception dans l’industrie. Amazon, Google et les autres opérateurs de constellations ne sont pas des fabricants de satellites — ils ont besoin de fournisseurs spécialisés. Et même SpaceX achète certains composants à l’extérieur quand la spécialisation externe est plus efficace.
Ces valeurs sont-elles accessibles depuis un PEA ?
Non — Red Cat, Redwire, Uranium Energy Corp et Critical Metals Corp sont toutes cotées sur des marchés américains (NYSE, Nasdaq, NYSE American). Elles ne sont pas éligibles au PEA. L’investissement se fait via un compte-titres ordinaire. Les gains sont soumis à la fiscalité des valeurs mobilières étrangères — consultez un conseiller fiscal pour les détails.
Cet article est fourni à titre informatif et ne constitue pas un conseil en investissement. Investir en bourse comporte un risque de perte en capital.
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