Qui êtes-vous, vraiment, dans l’économie numérique ? Cette question, autrefois philosophique, est devenue le problème central de la sécurité informatique, de la finance et même des infrastructures physiques. J’ai analysé quatre sociétés qui apportent des réponses concrètes à cette question — et qui bénéficient d’un marché en expansion structurelle.

Pourquoi l’identité numérique est le nouveau périmètre de sécurité
Pendant des décennies, la sécurité informatique reposait sur un modèle simple : un pare-feu autour du réseau d’entreprise, et tout ce qui était à l’intérieur était considéré comme fiable. Ce modèle est obsolète.
Aujourd’hui, les employés travaillent depuis chez eux, les applications sont dans le cloud, les partenaires accèdent aux systèmes depuis l’extérieur, et les attaquants compromettent des comptes légitimes plutôt que de forcer des périmètres. La question n’est plus « est-ce que la connexion vient de l’intérieur du réseau ? » mais « est-ce que la personne qui se connecte est bien celle qu’elle prétend être ? »
Cette mutation a créé un marché entier autour de la gestion des identités — qui accède à quoi, depuis où, avec quelle certitude — que ce soit dans les systèmes d’information des entreprises, aux portes des aéroports, ou dans les transactions financières on-chain.
Les valeurs identité numérique et fintech que j’ai analysées
Okta (OKTA) — Le standard de l’identité d’entreprise en mode zéro confiance
Secteur : Gestion des identités et des accès / Cybersécurité · Bourse : Nasdaq
Okta est la plateforme de référence pour la gestion des identités en entreprise : authentification multifacteur (MFA), authentification unique (SSO), gestion du cycle de vie des employés et des partenaires, et accès adaptatif basé sur le contexte. En résumé : Okta décide qui peut accéder à quoi, dans quelle application, depuis quel appareil, avec quel niveau de confiance.
Ce qui me convainc : L’identité est le nouveau périmètre de sécurité — c’est une formule désormais admise dans toute la communauté cybersécurité. Okta a construit la plateforme la plus complète sur ce marché, avec plus de 19 000 clients et une présence dans la quasi-totalité du Fortune 500. Ses intégrations avec des milliers d’applications (Salesforce, Workday, Microsoft, AWS) rendent le changement de fournisseur extrêmement coûteux — c’est un lock-in profond.
Pourquoi je pense qu’il reste du potentiel : Okta est dans une phase de transition : la croissance rapide des premières années (acquisition, expansion massive) cède la place à une maturité opérationnelle avec génération de free cash flow. Cette transition est souvent mal valorisée par le marché, qui préfère la croissance à la qualité. Une société qui passe de « hypercroissance déficitaire » à « croissance rentable » peut voir sa valorisation se réajuster positivement.
Le catalyseur à surveiller : Okta est régulièrement citée comme cible d’acquisition par Microsoft, IBM ou des fonds spécialisés comme Thoma Bravo. Une offre d’acquisition à prime — comme celle reçue par Ping Identity (rachetée par Thoma Bravo) — représente un scénario de sortie crédible.
Clear Secure (YOU) — L’identité biométrique dans le monde physique
Secteur : Vérification d’identité biométrique / Sécurité physique · Bourse : NYSE
Clear Secure a déployé des bornes biométriques dans plus de 50 aéroports américains et des dizaines de stades sportifs. Son système utilise l’iris et les empreintes digitales pour vérifier l’identité en quelques secondes, remplaçant le contrôle manuel des pièces d’identité par les agents de sécurité.
Ce qui me convainc : Clear résout un problème concret que des millions de voyageurs vivent chaque semaine : les files d’attente aux contrôles de sécurité. La valeur perçue est immédiate et mesurable — les membres Clear passent en quelques secondes là où d’autres attendent 20 à 30 minutes. Ce niveau d’utilité crée une fidélité et un taux de renouvellement d’abonnement élevés.
Au-delà des aéroports, l’expansion vers les stades, les hôpitaux, les bâtiments gouvernementaux et les frontières ouvre un marché adressable beaucoup plus large. Clear a déjà démontré que le modèle fonctionne en aéroport — le déploiement dans d’autres environnements à haute sécurité est une extension naturelle.
Pourquoi je pense qu’il reste du potentiel : La biométrie est appelée à remplacer progressivement les pièces d’identité physiques dans les environnements à fort trafic. Clear est déjà en place dans les infrastructures les plus critiques du pays — c’est une position de premier entrant difficile à déloger. Son free cash flow est positif et croissant, ce qui lui donne les moyens de financer son expansion sans dilution.
Un catalyseur politique intéressant : Les discussions sur la privatisation de certaines fonctions de la TSA (sécurité aéroportuaire) pourraient ouvrir à Clear la gestion de l’intégralité du contrôle de sécurité dans certains aéroports — un changement de dimension majeur pour le chiffre d’affaires.
Figure Technology Solutions (FIGR) — La tokenisation de la finance sur blockchain
Secteur : Fintech / Blockchain / Crédit immobilier · Bourse : NYSE
Figure Technology a construit la première plateforme de prêts hypothécaires et de crédit entièrement on-chain — les contrats de prêt, les titres de propriété et les transactions sont enregistrés sur une blockchain (Provenance Blockchain, qu’elle a elle-même développée), ce qui réduit le coût et le délai des transactions immobilières de façon drastique.
Figure propose également un stablecoin rémunéré ($YLDS) qui génère un rendement pour ses détenteurs — une innovation dans un secteur (les stablecoins) où la plupart des produits ne distribuent pas de revenus aux utilisateurs finaux.
Ce qui me convainc : Le marché hypothécaire américain est l’un des plus grands et des plus inefficaces du monde — des semaines de traitement, des dizaines d’intermédiaires, des coûts de transaction élevés. Figure réduit le délai de traitement d’un prêt de 30 à 45 jours à quelques jours, et le coût de transaction de façon significative. La technologie blockchain n’est pas ici un gadget — elle résout un problème réel avec une efficacité mesurable.
Pourquoi je pense qu’il reste du potentiel : Figure est encore très tôt dans son déploiement sur un marché adressable colossal. La croissance du chiffre d’affaires et de l’EBITDA est forte. La tokenisation des actifs financiers — au-delà des hypothèques — est un marché en cours de définition réglementaire qui, une fois clarifié, pourrait ouvrir des opportunités bien plus larges.
Le profil de risque spécifique : Figure opère à l’intersection de la finance et de la blockchain — deux secteurs très surveillés par les régulateurs américains. Les évolutions réglementaires (SEC, CFPB) sont un risque à surveiller. Le cadre réglementaire tend à se clarifier, ce qui est plutôt favorable à terme, mais peut créer des incertitudes à court terme.
SEALSQ (LAES) — Les semi-conducteurs sécurisés pour l’ère post-quantique
Secteur : Semi-conducteurs sécurisés / Cryptographie post-quantique · Bourse : Nasdaq
SEALSQ développe des microcontrôleurs sécurisés résistants aux ordinateurs quantiques. Son produit phare, le QS7001, intègre les nouveaux algorithmes de cryptographie post-quantique standardisés par le NIST (National Institute of Standards and Technology) en 2024.
Pourquoi ce sujet est important : Les ordinateurs quantiques, lorsqu’ils atteindront une puissance suffisante, seront capables de casser la quasi-totalité des systèmes de chiffrement actuels (RSA, ECC) — ceux qui protègent les communications bancaires, les données gouvernementales, les transactions financières et les infrastructures critiques. La migration vers la cryptographie post-quantique n’est pas optionnelle — elle est inévitable, et les standards NIST publiés en 2024 en ont posé le cadre officiel.
Ce qui me convainc : La publication des standards NIST est un catalyseur réglementaire qui force la main de toutes les organisations : gouvernements, banques, opérateurs d’infrastructure critique doivent migrer vers des systèmes compatibles post-quantique. SEALSQ fabrique les puces qui permettent cette migration au niveau hardware — le niveau le plus fondamental et le moins substituable.
Pourquoi je pense qu’il reste du potentiel : La migration mondiale vers la cryptographie post-quantique est encore à ses tout débuts. Le marché adressable est immense — potentiellement des milliards de dispositifs connectés à mettre à jour. SEALSQ est positionné très tôt sur ce marché.
Le profil de risque : SEALSQ est une très petite capitalisation, encore en phase de développement commercial. Les revenus actuels sont modestes par rapport au marché adressable. C’est une conviction spéculative sur un thème structurellement inévitable — à ne positionner qu’avec une tolérance élevée à la volatilité et une vision long terme.
Ce que ces quatre valeurs ont en commun
En surface, ces sociétés semblent très différentes — une plateforme IAM enterprise, des bornes biométriques dans les aéroports, une fintech blockchain, des puces cryptographiques. Mais elles partagent une conviction fondamentale :
La confiance ne peut plus être implicite — elle doit être prouvée, cryptographiquement ou biométriquement, à chaque interaction.
C’est le principe du « zéro confiance » étendu au-delà du réseau informatique : zéro confiance dans l’identité déclarée (d’où Okta et Clear), zéro confiance dans les intermédiaires financiers (d’où Figure), zéro confiance dans les algorithmes de chiffrement actuels face aux ordinateurs quantiques (d’où SEALSQ).
Ce thème est structurellement porté par la digitalisation accélérée de l’économie, la multiplication des cyberattaques et les exigences réglementaires croissantes — trois tendances qui ne s’inversent pas.
Mon approche pour investir dans ces valeurs
Distinguer maturité et spéculation : Okta et Clear Secure sont des sociétés établies avec des modèles économiques prouvés et des free cash flows positifs. Figure et SEALSQ sont plus spéculatives, avec des marchés en cours de définition. Les deux catégories méritent une place différente dans un portefeuille.
Le risque réglementaire est central dans ce secteur : la gestion d’identité, la biométrie et la fintech blockchain font l’objet d’une attention réglementaire soutenue. Suivre les évolutions du cadre légal (RGPD, réglementation SEC sur les actifs numériques, directives biométrie) est indispensable pour évaluer ces positions.
L’intelligence artificielle comme catalyseur : les attaques d’identité (phishing, deepfakes, social engineering) sont de plus en plus sophistiquées grâce à l’IA. Paradoxalement, cela renforce la demande pour des solutions d’identité robustes — chaque nouvelle vague d’attaques justifie davantage l’investissement dans la vérification d’identité forte.
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Questions fréquentes
Okta n’est-elle pas en concurrence directe avec Microsoft, qui intègre de l’IAM dans Azure AD ?
Microsoft est le concurrent le plus sérieux d’Okta sur certains segments. Mais beaucoup d’entreprises refusent de confier la gestion de toutes leurs identités à un seul fournisseur — et encore moins à Microsoft, avec qui elles sont déjà en relation commerciale sur d’autres aspects. Okta est souvent choisi précisément pour éviter de tout concentrer chez Microsoft. La coexistence est fréquente : Microsoft pour les identités internes Windows, Okta pour les accès aux applications cloud.
La biométrie de Clear Secure pose-t-elle des problèmes de vie privée ?
C’est une question légitime que le marché pose régulièrement. Clear répond que les données biométriques ne sont pas centralisées dans un serveur fédéral — elles sont chiffrées et liées à l’identité vérifiée, mais l’empreinte elle-même n’est pas transmise. La participation est volontaire et payante, ce qui différencie le modèle des systèmes de surveillance de masse. Cela dit, l’évolution des réglementations sur la biométrie (notamment dans certains États américains) est un risque à surveiller.
Figure Technology n’est-elle pas exposée à la volatilité des marchés cryptographiques ?
Figure est davantage une fintech qui utilise la blockchain comme infrastructure qu’une société crypto. Ses revenus viennent des prêts hypothécaires et des frais de transaction — des activités ancrées dans l’économie réelle. La blockchain est un outil d’efficacité, pas le produit. Cela dit, la perception du marché peut associer Figure à la volatilité crypto — ce qui peut créer des à-coups sur le titre indépendamment des fondamentaux.
L’informatique quantique qui menace la cryptographie actuelle est-elle vraiment imminente ?
Non — les experts estiment que des ordinateurs quantiques suffisamment puissants pour casser RSA-2048 sont encore à 10-15 ans minimum. Mais la migration des systèmes prend elle-même 10 à 15 ans. C’est pourquoi les gouvernements et grandes organisations commencent maintenant. SEALSQ n’est donc pas un pari sur l’imminence de la menace — c’est un pari sur le calendrier de migration, qui est déjà en cours.
Ces valeurs sont-elles éligibles au PEA ?
Okta, Clear Secure et Figure Technology Solutions sont cotées aux États-Unis (Nasdaq ou NYSE) — elles ne sont pas éligibles au PEA. SEALSQ (Nasdaq) non plus. L’investissement se fait via compte-titres ordinaire.
Cet article est fourni à titre informatif et ne constitue pas un conseil en investissement. Investir en bourse comporte un risque de perte en capital.
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