C’est la question que je reçois en boucle dès que les marchés toussent. En ce moment, avec les tensions géopolitiques, les guerres commerciales et les soubresauts des indices, les messages arrivent par dizaines : « Laurent, tu penses qu’on devrait attendre que ça se calme ? »
Ma réponse courte : non. Ma réponse longue : c’est un peu plus nuancé, mais elle revient quand même au même endroit.
Je vais t’expliquer pourquoi — pas avec des théories abstraites, mais avec ce que j’ai vécu depuis 2007, et ce que j’observe chez les investisseurs particuliers qui réussissent… et ceux qui patinent.
Le problème avec « attendre que ça se calme »
Je vais te poser une question simple : quand est-ce que ça s’est vraiment calmé, ces 20 dernières années ?
En 2007-2008, c’était la crise des subprimes. En 2010-2011, la crise de la dette en zone euro. En 2016, le Brexit et l’élection de Trump. En 2018, la guerre commerciale sino-américaine (déjà). En 2020, le Covid. En 2022, l’invasion de l’Ukraine et la flambée de l’inflation. En 2023, la crise bancaire régionale américaine. Aujourd’hui, on a une nouvelle séquence de tensions qui font peur.
Tu vois le problème ? Il y a toujours une raison de ne pas investir. Toujours. Les marchés financiers ne fonctionnent pas dans un monde apaisé et prévisible. Ils fonctionnent dans le monde réel, celui-là même qui est chaotique par nature.
Attendre que ça se calme, c’est en réalité attendre un monde qui n’existe pas.
Ce que ton cerveau te fait croire (et pourquoi c’est dangereux)
La psychologie joue un rôle énorme dans cette décision d’attendre. Et je ne dis pas ça pour me moquer — j’ai moi-même été paralysé par cette peur à mes débuts.
Notre cerveau est câblé pour fuir le danger. Quand les journaux titrent sur une crise géopolitique majeure, quand BFM Business enchaîne les plateaux catastrophistes, notre instinct nous dit : danger, recule, attends. C’est un mécanisme de survie qui a très bien fonctionné pendant des millénaires pour éviter les prédateurs. Le problème, c’est qu’il est totalement contre-productif en investissement.
Ce biais s’appelle l’aversion à la perte. On ressent la douleur d’une perte deux fois plus intensément que le plaisir d’un gain équivalent. Résultat : on préfère ne rien faire plutôt que de risquer de perdre. Et « ne rien faire » nous semble sécurisant, rationnel, prudent.
Mais voilà ce qu’on oublie : ne pas investir est aussi une décision financière. Une décision qui a un coût. Le coût de l’inaction, c’est l’inflation qui grignote ton épargne, c’est les intérêts composés que tu ne génères pas, c’est les dividendes que tu ne perçois pas. Ce coût est invisible mais bien réel.
La géopolitique et les marchés : la vérité que personne ne te dit
Je t’invite à faire un exercice mental. Rappelle-toi du jour où tu as entendu parler de l’invasion de l’Ukraine par la Russie, fin février 2022. Ça a été un choc. Le CAC 40 a plongé. Tout le monde criait à la catastrophe imminente.
Qu’est-ce qui s’est passé ensuite ? Les marchés ont rebondi. Pas parce que la guerre était terminée — elle ne l’est toujours pas — mais parce que les marchés intègrent l’information très rapidement. Au moment où tu ressens la peur, le marché a déjà partiellement digéré le choc.
Les études académiques sur ce sujet sont sans appel. Une analyse de LPL Financial sur les crises géopolitiques depuis Pearl Harbor montre que la baisse médiane des marchés lors d’un choc géopolitique est de 5% environ, et que le marché retrouve son niveau initial en moins de 50 jours en moyenne. Ce n’est pas une promesse de ce qui va se passer demain — mais c’est la tendance historique lourde.
Pendant ce temps, celui qui attend « que ça se calme » rate souvent les meilleures journées de rebond. Et c’est là que ça devient vraiment coûteux.
Rater les meilleures séances : le vrai piège du timing
Il y a une statistique qui me revient souvent en tête, et elle est brutale. Si tu avais investi 10 000 € sur le S&P 500 sur 20 ans et que tu avais raté les 10 meilleures séances boursières, tu aurais généré deux à trois fois moins de performance que quelqu’un resté investi en continu. Raté les 20 meilleures séances ? La différence devient encore plus vertigineuse.
Et devine quand arrivent ces meilleures séances ? Souvent pendant les périodes de forte volatilité, au cœur même des crises. Les plus gros rebonds surviennent quand la panique est à son maximum. C’est contre-intuitif, mais c’est la réalité des marchés.
Donc quand tu attends en cash « que ça se calme », tu prends le risque de rater précisément les séances qui font toute la différence sur le long terme.
Ce que je fais concrètement dans ces moments-là
Je ne suis pas en train de te dire de foncer tête baissée sans réfléchir. Voilà comment j’aborde personnellement ces périodes de turbulences.
- Je continue mes investissements programmés. J’ai mis en place des achats réguliers sur des valeurs sélectionnées. Quand le marché baisse, j’achète mécaniquement à des prix plus bas. Je n’essaie pas de trouver le point bas parfait — personne n’y arrive de façon consistante.
- Je coupe les flux d’information anxiogènes. Sérieusement. Moins je regarde les chaînes d’info en continu pendant une crise, mieux je prends mes décisions. L’information en temps réel est souvent du bruit, pas du signal.
- Je reviens à mes critères fondamentaux. Est-ce que les entreprises que je détiens sont toujours solides ? Est-ce que leur modèle économique est toujours valide ? Si oui, la volatilité à court terme ne change rien à ma thèse d’investissement.
- Je garde une réserve de liquidités raisonnée. Pas pour « attendre que ça se calme », mais pour pouvoir renforcer des positions sur des convictions fortes si les valorisations deviennent vraiment attractives.
- Je me rappelle pourquoi j’investis. Mon horizon est de 5, 10, 15 ans. La crise géopolitique du moment, aussi réelle et grave soit-elle, est une parenthèse à cette échelle.
C’est d’ailleurs dans cet état d’esprit que j’ai construit LÉONARD — mon outil d’aide à la sélection de valeurs de qualité. L’idée de fond, c’est de ne pas chercher à timer le marché, mais d’identifier des entreprises solides qu’on peut tenir sereinement même quand ça secoue. Si tu veux comprendre la logique derrière, tu peux en savoir plus ici.
La vraie question à te poser
Plutôt que « est-ce que je devrais attendre ? », pose-toi ces questions-là :
- Mon horizon d’investissement est-il suffisamment long ? (Au minimum 5 ans pour des actions)
- Est-ce que j’investis de l’argent dont je pourrais avoir besoin à court terme ? (Si oui, c’est un vrai problème, indépendamment de la géopolitique)
- Est-ce que ma décision de ne pas investir est basée sur une analyse rationnelle ou sur la peur ?
- Serais-je à l’aise d’expliquer ma décision dans 10 ans ?
La dernière question est peut-être la plus importante. Dans 10 ans, est-ce que tu te diras « j’ai bien fait d’attendre 2024-2025 à cause des tensions géopolitiques » ou est-ce que tu regretteras d’avoir laissé ton argent dormir ?
Je connais beaucoup d’investisseurs qui ont attendu après 2008 « que ça se calme ». Certains ont attendu 2 ans. D’autres 5 ans. Pendant ce temps, le marché a fait +200%. Ces années perdues ne se rattrapent pas facilement.
La nuance qui change tout
Je veux être honnête avec toi : tout ça ne signifie pas qu’il faut investir n’importe comment, n’importe quand, sur n’importe quoi.
Ce qui compte, c’est comment tu investis. Si tu achètes des entreprises de qualité, avec de vraies barrières à l’entrée, un bilan sain, une capacité à traverser les cycles — alors oui, les turbulences géopolitiques sont des opportunités déguisées, pas des menaces existentielles.
Si en revanche tu speculais sur des valeurs fragiles ou des modes passagères, alors là, la prudence s’impose. Mais dans ce cas, le problème n’est pas la géopolitique — c’est ta stratégie d’investissement.
Investir en période de panique avec une méthode solide, c’est différent de paniquer avec une méthode hasardeuse.
Questions fréquentes
Y a-t-il des situations où il vaut vraiment mieux attendre avant d’investir ?
Oui, mais ce n’est pas lié à la géopolitique. Il vaut mieux attendre si tu as besoin de cet argent dans moins de 3 à 5 ans, si tu n’as pas encore constitué une épargne de précaution (3 à 6 mois de dépenses), ou si tu n’as pas de stratégie définie. Ces raisons sont valides. « Les marchés sont agités » ne l’est pas.
Comment gérer psychologiquement la peur de perdre quand ça baisse ?
La meilleure arme, c’est la préparation. Si tu as choisi des entreprises solides avec conviction, une baisse devient une promotion plutôt qu’une catastrophe. N’investis jamais plus que ce que tu peux te permettre de voir baisser sans paniquer. Et coupe les flux d’info anxiogènes — l’information en continu nourrit la peur, pas la performance.
Le dollar-cost averaging est-il une bonne solution en période de turbulences ?
C’est probablement la meilleure réponse pratique pour l’investisseur particulier. Investir un montant fixe chaque mois, mécaniquement, sans essayer de timer le marché. Tu achètes plus de parts quand les prix sont bas, moins quand ils sont hauts. Sur le long terme, cette discipline bat presque toujours le timing parfait que personne n’arrive à réaliser de façon consistante.
Combien de temps les marchés mettent-ils à se remettre d’un choc géopolitique ?
Historiquement, les marchés retrouvent leur niveau d’avant-choc en moins de 50 jours en médiane après un événement géopolitique majeur. Ce n’est pas une garantie, mais c’est la tendance lourde depuis Pearl Harbor. Les crises les plus longues (2008, Covid) étaient des crises économiques profondes, pas de simples tensions géopolitiques.
Comment savoir si ma décision d’attendre est rationnelle ou émotionnelle ?
Pose-toi cette question : est-ce que je pourrais expliquer ma décision dans 10 ans sans avoir honte ? Si ta réponse est « j’ai attendu parce que BFM Business me faisait peur », c’est émotionnel. Si c’est « j’avais besoin de cet argent dans 2 ans et je ne voulais pas prendre de risque », c’est rationnel. La différence entre les deux, c’est souvent ce qui sépare les investisseurs qui réussissent de ceux qui stagnent.
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