Mythe #8 : « Il faut attendre le bon moment pour investir » — le piège qui coûte le plus cher

« Je vais attendre que ça baisse un peu avant d’investir. » « Le marché est trop haut en ce moment. » « Il y a trop d’incertitudes, je préfère patienter. » « Dès que la situation se calme, je me lance. »

Ces phrases, répétées depuis des décennies par des millions d’investisseurs, ont une chose en commun : elles ont presque toujours coûté de l’argent à ceux qui les ont prononcées.

Le mythe du « bon moment » pour investir est l’un des plus répandus et des plus destructeurs en finance personnelle. Non pas parce que l’idée est stupide — elle est intuitivement séduisante. Mais parce qu’elle repose sur une hypothèse fausse : qu’il est possible de savoir, à l’avance, quand le marché est au plus bas.


Le problème fondamental : personne ne sait

Commençons par l’évidence que beaucoup refusent d’admettre : personne ne sait quand le marché va monter ou baisser.

Pas les économistes. Pas les gérants de fonds. Pas les banques centrales. Pas les médias financiers. Pas les analystes aux CFA et aux MBA des meilleures universités du monde.

Les prévisions boursières à court terme ont un taux de réussite à peine supérieur au hasard. Des études académiques ont montré que les prévisions des stratèges de marché des grandes banques d’investissement sont en moyenne aussi précises que de lancer une pièce.

Si les professionnels qui consacrent 100 % de leur temps à analyser les marchés ne peuvent pas prévoir leur direction à court terme, quelle est la probabilité que l’investisseur particulier y arrive entre deux réunions de travail ?


Le coût de rater les meilleures journées

JP Morgan publie chaque année une étude qui illustre mieux que n’importe quel argument le danger du market timing. Voici les chiffres sur le S&P 500 entre 2003 et 2022 (20 ans) :

  • Investi en permanence : +9,8 % annualisé
  • Manqué les 10 meilleures journées : +5,6 % annualisé
  • Manqué les 20 meilleures journées : +3,0 % annualisé
  • Manqué les 30 meilleures journées : +1,0 % annualisé
  • Manqué les 40 meilleures journées : -1,5 % annualisé

Rater 40 journées sur 5 000 — soit 0,8 % du temps — transforme un rendement positif de +9,8 % en perte annuelle.

Ce qui aggrave le problème : les meilleures journées boursières se produisent souvent juste après les pires. Lors de la crise de 2008-2009, les plus fortes hausses ont eu lieu pendant la phase de baisse. En mars 2020, le rebond le plus violent de l’histoire récente du S&P 500 (+9,4 % en une journée) a suivi quelques jours après les pires chutes.

L’investisseur qui « attend que ça se calme » avant de rentrer passe précisément à côté de ces jours de rebond explosifs. Et ce manque à gagner est irréversible — vous ne pouvez pas récupérer une journée boursière manquée.


L’expérience de pensée : l’investisseur parfait

Voici un calcul qui résume tout.

Imaginez un investisseur doté d’un don surnaturel : il investit toujours au plus bas du marché — jamais avant, jamais après. C’est le market timing parfait, impossible à réaliser dans la réalité.

Comparons-le à un investisseur ordinaire qui investit le même montant le 1er janvier de chaque année, sans chercher à anticiper quoi que ce soit.

Une étude de Charles Schwab a simulé ces deux profils sur 20 ans avec 2 000 $ investis par an. Résultat : l’investisseur au timing parfait finit avec 87 004 $. L’investisseur régulier termine à 81 237 $.

L’écart ? Moins de 7 % — pour un avantage qui nécessiterait une prescience totalement impossible.

Et si l’investisseur avait eu une malchance parfaite — toujours investir au pire moment, juste avant chaque krach ? Il termine à 72 487 $. Toujours positif, toujours loin devant celui qui n’a jamais investi.

La conclusion est sans appel : le temps passé dans le marché bat le timing du marché. Et même le pire timing bat l’absence d’investissement.


La psychologie de l’attente : un horizon qui recule toujours

L’autre piège du « bon moment », c’est que ce moment n’arrive jamais vraiment.

En 2013 : « Le marché est trop haut après le rebond de 2012. » En 2015 : « La Chine ralentit, le marché va corriger. » En 2017 : « Trump, l’incertitude politique, mieux vaut attendre. » En 2019 : « Le cycle économique est long, la récession va arriver. » En 2020 : la pandémie frappe — le marché chute de 35 % en un mois. Mais il remonte de 70 % dans les 12 mois suivants. Ceux qui ont « attendu que ça se calme » ont raté le rebond. En 2022 : inflation, hausse des taux, guerre en Ukraine. « C’est le moment d’attendre. » En 2023-2024 : le marché monte de 25 % par an deux années de suite.

Chaque année apporte ses bonnes raisons de ne pas investir. Et pendant ce temps, les marchés avancent — pas en ligne droite, mais vers le haut sur le long terme.

Peter Lynch, l’un des meilleurs gérants de l’histoire, l’a formulé ainsi : « Il y a bien plus d’argent perdu par des investisseurs qui se préparaient à une correction ou essayaient de l’anticiper que par les corrections elles-mêmes. »


DCA versus lump sum : que faire quand on a une grosse somme ?

La question se pose différemment pour quelqu’un qui dispose d’un capital important à investir d’un coup — un héritage, une prime, la vente d’un bien.

Faut-il tout investir immédiatement (lump sum investing) ou étaler sur plusieurs mois (DCA) ?

Les études statistiques donnent un avantage au lump sum : investir immédiatement bat l’étalement progressif dans environ deux tiers des cas sur des horizons de 10 ans et plus, parce que les marchés montent plus souvent qu’ils ne baissent.

Mais cette supériorité statistique masque un réel avantage du DCA : la gestion de la psychologie. Investir une somme importante d’un seul coup juste avant un krach est psychologiquement dévastateur — et peut pousser à vendre au pire moment.

Un compromis raisonnable : investir la somme en 3 à 6 tranches sur quelques mois. Pas pour optimiser le rendement, mais pour ne pas se retrouver dans une situation psychologiquement intenable qui conduit à de mauvaises décisions.

L’ennemi n’est pas un mauvais point d’entrée. L’ennemi, c’est de vendre en panique parce qu’on a tout mis d’un coup juste avant une baisse.


Ce que « attendre » coûte concrètement

Mettons des chiffres sur le coût de l’attente.

Un investisseur qui dispose de 10 000 € et attend 2 ans « le bon moment » avant d’investir dans un ETF monde à 8 % annuel :

  • S’il avait investi immédiatement : 11 664 € au bout de 2 ans
  • S’il attend 2 ans puis investit : il part avec 10 000 € au point de départ

L’écart est de 1 664 € — sans compter l’érosion par l’inflation pendant les 2 années en cash ou sur un livret à 3 %.

Sur 10 000 € avec 2 ans d’attente, c’est une perte sèche d’opportunité de plus de 16 %. Et cela avant même de considérer que le marché aura peut-être monté pendant ces 2 années, obligeant l’investisseur à entrer encore plus haut que s’il était rentré immédiatement.


La seule règle qui marche vraiment

Il n’existe pas de recette pour identifier le « bon moment ». Mais il existe une règle simple, validée par des décennies de données : investissez dès que vous avez de l’argent disponible, régulièrement, quel que soit le niveau du marché.

Cette règle paraît frustrant simple. Elle l’est. Et c’est précisément pour cela qu’elle est efficace : elle élimine la composante émotionnelle et psychologique qui pousse les investisseurs à faire de mauvaises décisions.

Le bon moment pour investir n’est pas quand le marché est bas. C’est quand vous avez de l’argent à investir et un horizon suffisamment long pour absorber la volatilité inévitable.

Si vous avez ces deux éléments, le bon moment, c’est maintenant.

Mythe suivant → #9 : « Diversifier son portefeuille élimine le risque » — pourquoi la diversification réduit certains risques mais en laisse d’autres intacts, et ce que ça change pour votre stratégie.


Questions fréquentes

Qu’est-ce que le market timing et pourquoi est-il difficile ? Le market timing consiste à essayer d’acheter au plus bas et de vendre au plus haut en anticipant les mouvements du marché. C’est difficile parce que personne — pas même les professionnels — ne peut prédire avec fiabilité la direction des marchés à court terme. Les études montrent que même les stratèges des grandes banques ont un taux de réussite à peine supérieur au hasard.

Que se passe-t-il si j’investis juste avant un krach ? C’est la pire peur des investisseurs. Pourtant, les données montrent que même un investisseur qui investit systématiquement au pire moment (juste avant chaque krach) obtient un rendement positif sur le long terme — à condition de ne pas vendre. Le vrai danger n’est pas le mauvais timing, c’est de vendre en panique pendant la baisse.

Vaut-il mieux investir tout d’un coup ou progressivement ? Statistiquement, le lump sum (tout d’un coup) bat le DCA dans deux tiers des cas. Mais pour des raisons psychologiques, étaler sur 3 à 6 mois réduit le risque de panique en cas de baisse immédiate. Pour des versements réguliers à partir d’un salaire, le DCA mensuel est la solution naturelle et la plus efficace.

Peut-on utiliser les indicateurs économiques pour choisir le bon moment ? Les indicateurs économiques (PIB, chômage, inflation) sont des données retardées qui reflètent ce qui s’est passé, pas ce qui va se passer. De plus, les marchés anticipent ces données de 6 à 12 mois. Quand l’économie va bien (ce qu’on constate officiellement), les marchés ont souvent déjà intégré cette bonne nouvelle depuis longtemps.

Comment investir si j’ai peur d’une correction imminente ? Rappelez-vous que les corrections sont normales (le S&P 500 subit en moyenne une correction de 10 %+ une fois par an) et temporaires. Si votre horizon est de 10 ans ou plus, une correction dans les premiers mois n’a statistiquement qu’un impact marginal sur le résultat final. Si votre horizon est court, vous ne devriez pas être investi en actions en premier lieu.

Quel est le meilleur moment pour commencer à investir ? Le meilleur moment était il y a 10 ans. Le deuxième meilleur moment, c’est aujourd’hui. Cette formule, souvent attribuée à un proverbe chinois, résume parfaitement la réalité des intérêts composés : chaque année d’attente est définitivement perdue.

Cet article a été rédigé avec l’assistance d’outils d’intelligence artificielle, sous supervision et relecture de Laurent Vinatier.

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