Sélection d’actions value en France : méthode, critères et pièges à éviter

Sélection d’actions value en France : méthode, critères et pièges à éviter

Sélectionner des actions value en France consiste à identifier des entreprises cotées dont le cours est significativement inférieur à leur valeur intrinsèque — à condition qu’elles soient financièrement saines et que cette décote soit justifiée par des facteurs temporaires, pas structurels. Le principal piège : confondre une action « bon marché » avec une action « sous-évaluée ». La différence entre les deux, c’est souvent plusieurs années de perte de temps et de capital.

Le value investing est la stratégie d’investissement la plus documentée de l’histoire boursière. Popularisée par Benjamin Graham dans les années 1930 et perfectionnée par Warren Buffett, elle a produit certains des meilleurs rendements à long terme jamais enregistrés par des gestionnaires institutionnels.

Pourtant, pour la grande majorité des investisseurs particuliers qui essaient de l’appliquer, les résultats sont décevants. Pas parce que la stratégie est mauvaise — mais parce qu’ils appliquent la logique de base (acheter ce qui est « pas cher ») sans les filtres qui la rendent réellement efficace.

Voici comment je pratique le value investing en France depuis 2017 — et les erreurs que j’ai faites avant de comprendre ce qui fonctionne.


Qu’est-ce que le value investing et pourquoi c’est difficile en pratique ?

Le value investing repose sur un principe simple : le marché n’est pas toujours rationnel à court terme. Les prix des actions fluctuent bien au-delà de ce que justifient les fondamentaux des entreprises — à la hausse comme à la baisse. Ces écarts créent des opportunités pour l’investisseur patient qui sait identifier la valeur réelle d’une entreprise et attend que le marché la reconnaisse.

Benjamin Graham résumait cela ainsi : « Le marché est une machine à voter à court terme, mais une machine à peser à long terme. » À court terme, les prix reflètent les émotions collectives, les rumeurs, les modes. À long terme, ils convergent vers la valeur fondamentale.

Pourquoi c’est difficile en pratique :

Première difficulté : estimer la « vraie valeur » d’une entreprise est un exercice difficile, qui nécessite des hypothèses sur l’avenir — par nature incertaines. Deux analystes sérieux peuvent diverger de 20 à 30 % sur leur estimation de valeur intrinsèque pour la même entreprise.

Deuxième difficulté : même quand vous avez raison sur la valeur, vous pouvez attendre très longtemps. Des actions sous-évaluées peuvent rester sous-évaluées pendant 2, 3, voire 5 ans. C’est psychologiquement épuisant, et cela mobilise du capital qui n’est pas ailleurs.

Troisième difficulté : la principale erreur des investisseurs value débutants — les value traps.


Qu’est-ce qu’un value trap et comment l’éviter ?

Un value trap (piège de valeur) est une action qui semble bon marché selon les critères habituels (PER bas, Price-to-Book faible), mais qui l’est pour une bonne raison : l’entreprise est en train de se dégrader structurellement.

Exemples de situations value trap typiques :

  • Une entreprise industrielle dont le secteur est en déclin structurel (technologies obsolètes, disruption digitale) — son PER faible reflète l’anticipation d’une baisse durable des bénéfices
  • Une entreprise à forte dette dont les coûts de financement augmentent — les bénéfices futurs seront absorbés par le service de la dette
  • Une entreprise qui était profitable mais qui traverse une dégradation opérationnelle non visible dans les comptes récents (marges qui se compriment, perte de clients importants)

Dans tous ces cas, l’action est « bon marché » parce que le marché anticipe correctement que les bénéfices futurs seront inférieurs aux bénéfices passés. Ce n’est pas une opportunité — c’est une illusion d’optique.

La solution pour éviter les value traps : le filtre de santé financière. J’utilise le score Piotroski pour m’assurer que l’entreprise s’améliore sur 9 critères comptables objectifs, et non qu’elle se dégrade. Une action qui affiche un PER faible ET un score Piotroski ≤ 3 est presque systématiquement un value trap. Une action avec un PER faible ET un score Piotroski ≥ 7 est une vraie opportunité potentielle.


Quels critères pour sélectionner des actions value en France ?

La sélection d’actions value en France suit une logique en 5 critères, que j’applique dans l’ordre suivant.

Critère 1 — Décote sur la valeur intrinsèque estimée (minimum 20 %)

C’est la définition du value investing : le cours doit être inférieur à la valeur intrinsèque estimée. Je retiens une décote minimum de 20 % — c’est la « marge de sécurité » que Graham recommandait pour absorber les erreurs d’estimation.

Pour estimer la valeur intrinsèque, j’utilise deux méthodes simples :
– Le PER normalisé : bénéfice moyen 5 ans × PER médian sectoriel
– Le Price-to-Book : comparaison du ratio cours/valeur comptable à la médiane sectorielle

Si les deux méthodes indiquent une décote ≥ 20 %, l’action est candidate (zone P1 ou P2 du système de prix que j’utilise).

Critère 2 — Santé financière solide (score Piotroski ≥ 7)

Ce filtre élimine les value traps. Un score Piotroski ≥ 7 signifie que l’entreprise satisfait au moins 7 des 9 critères comptables qui mesurent sa rentabilité, sa structure financière et son efficacité opérationnelle.

C’est le filtre le plus important de la liste — il fait la différence entre une vraie décote et un piège.

Critère 3 — Secteur et avantage concurrentiel

Le secteur dans lequel opère l’entreprise conditionne la durabilité de sa valeur. Je préfère les entreprises dans des secteurs :

  • Stables ou en croissance modérée — pas en déclin structurel
  • Avec des barrières à l’entrée (coûts élevés, réglementation, brevets, marque)
  • Pas trop sensibles aux taux d’intérêt — sauf si la décote reflète déjà ce risque

En France, les secteurs que j’analyse prioritairement pour le value investing : industrie diversifiée, distribution spécialisée, services aux entreprises, santé (équipements et services), et certains segments de la tech française.

Critère 4 — Endettement maîtrisé

Une décote peut être justifiée par un endettement élevé qui génère un risque réel. Je retiens une limite de dettes nettes / EBITDA ≤ 2,5× pour la plupart des secteurs. Au-delà, je passe à la valeur suivante sauf exception documentée.

Critère 5 — Confirmation momentum

Une action value peut rester décotée pendant des années. Le momentum (tendance du cours sur 1, 3 et 6 mois) me permet d’identifier le moment où le marché commence à reconnaître la valeur — et d’entrer au bon moment plutôt qu’en avance.

Un momentum positif sur 2 ou 3 horizons ne garantit pas la hausse, mais il réduit le risque de rester immobilisé dans une position qui ne bouge pas.


Y a-t-il des actions value spécifiques à la bourse de Paris (Euronext Paris) ?

La bourse française offre un terrain particulièrement intéressant pour le value investing pour plusieurs raisons.

Le marché français a une profondeur de Mid Caps souvent négligée. Le CAC 40 concentre l’attention médiatique, mais les Mid Caps françaises (CAC Mid 60, CAC Small) sont souvent moins suivies par les analystes — ce qui crée plus fréquemment des écarts entre valeur et cours.

Les secteurs industriel et de services en France regorgent d’entreprises familiales solides avec des fondamentaux stables depuis des décennies — mais moins connues du grand public que les grands noms du luxe ou de l’énergie.

Le PEA (Plan d’Épargne en Actions) crée un avantage fiscal fort pour les actions européennes. Investir en value via un PEA permet de bénéficier d’une exonération d’impôt sur les plus-values après 5 ans — ce qui amplifie mécaniquement le rendement à long terme de la stratégie.

Je ne donne pas de listes d’actions spécifiques dans cet article — les opportunités évoluent, et ce qui était attractif hier peut ne plus l’être aujourd’hui. LÉONARD met à jour les classements quotidiennement pour cette raison.


Value investing et momentum : deux approches complémentaires, pas opposées

Une idée reçue fréquente : le value investing et l’investissement momentum sont opposés. L’un achète ce qui est « pas cher » (value), l’autre achète ce qui monte (momentum).

En pratique, les deux approches se complètent.

Le value investing pur souffre d’un défaut majeur : le manque de catalyseur. Une entreprise sous-évaluée peut le rester très longtemps si rien ne force le marché à la réévaluer. En attendant, votre capital est immobilisé.

Le momentum pur souffre du défaut inverse : il achète ce qui monte, parfois sans égard pour la valorisation — ce qui conduit à entrer dans des bulles sectorielles au pire moment.

La combinaison des deux résout les deux problèmes :
Value garantit qu’on n’est pas en train d’acheter trop cher
Momentum garantit qu’on entre au moment où quelque chose change dans la perception du marché

C’est le cœur de l’approche que j’applique dans LÉONARD : je cherche des entreprises saines (Piotroski ≥ 7), décotées (zones P1-P2), et dont le cours commence à se reprendre (momentum positif).


Combien de lignes dans un portefeuille value pour un particulier ?

La question de la diversification est centrale en value investing.

Trop peu de lignes (moins de 5) : le risque spécifique à chaque entreprise devient dominant. Si l’une de vos 5 valeurs subit un problème imprévu (fraude comptable, retournement sectoriel brutal), l’impact sur le portefeuille est massif.

Trop de lignes (plus de 25-30) : vous ne pouvez pas suivre correctement chaque position, et vous finissez par reproduire un indice avec des frais de gestion en plus.

Ma recommandation pour un investisseur particulier en value : 10 à 15 lignes, bien diversifiées sectoriellement et géographiquement (France + Europe + quelques lignes américaines). C’est assez pour une diversification efficace, et assez peu pour maintenir une surveillance sérieuse.


Conclusion — Le value investing en France : une stratégie robuste si elle est bien appliquée

Le value investing est l’une des stratégies d’investissement les plus éprouvées sur le long terme. Les études académiques sur les données américaines (1926-2020), européennes et mondiales convergent : les actions décotées surperforment les actions chères sur des horizons de 5 ans et plus.

Mais cette surperformance se matérialise uniquement quand les filtres de qualité sont en place. Acheter des actions « pas chères » sans vérifier leur santé financière ni leur trajectoire fondamentale revient à acheter de vieilles voitures parce qu’elles coûtent moins cher — sans vérifier si elles fonctionnent encore.

Les filtres essentiels : score Piotroski ≥ 7, décote ≥ 20 %, endettement maîtrisé, confirmation momentum. Ces quatre conditions réunies créent des opportunités que 95 % des investisseurs particuliers passent à côté — parce qu’ils ne regardent que le prix sans regarder la valeur.

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Questions fréquentes

Qu’est-ce que le value investing et comment l’appliquer en France ?
Le value investing consiste à acheter des actions dont le cours est significativement inférieur à leur valeur intrinsèque estimée, en anticipant que le marché finira par reconnaître cette valeur. Pour l’appliquer en France, il faut identifier des entreprises décotées (via des critères comme le PER sectoriel ou le Price-to-Book), vérifier leur santé financière (score Piotroski ≥ 7), et s’assurer que la décote est due à un facteur temporaire, pas à une dégradation structurelle.

Comment éviter les value traps (pièges de valeur) en bourse ?
Le moyen le plus efficace est d’appliquer un filtre de santé financière avant tout achat. Le score Piotroski est particulièrement adapté : un score ≤ 3 sur une entreprise en apparence décotée est presque systématiquement un value trap. Un score ≥ 7 indique que l’entreprise s’améliore sur les 9 dimensions comptables les plus discriminantes — ce qui réduit drastiquement le risque de tomber dans un piège.

Quels secteurs sont les plus propices au value investing en France ?
Les secteurs les plus propices sont l’industrie diversifiée (équipements, machines, services industriels), la distribution spécialisée, les services aux entreprises, et certains segments de la santé. Les banques et assureurs sont plus difficiles à analyser en value classique en raison de leur structure financière spécifique. Les utilities et foncières ont leurs propres métriques.

Combien de temps faut-il pour qu’une action value se revalorise ?
Il n’existe pas de réponse fiable sur le timing — c’est la principale difficulté du value investing. Les études académiques montrent une surperformance sur des horizons de 3 à 5 ans en moyenne. Certaines actions se revalorisent en 6 mois, d’autres mettent 3 ans. C’est pourquoi l’ajout d’un filtre momentum (qui identifie quand le marché commence à reconnaître la valeur) est utile pour entrer au bon moment plutôt qu’en avance.

Peut-on faire du value investing sur un PEA ?
Oui, et c’est même recommandé pour les actions européennes. Le PEA permet d’investir en actions françaises et européennes avec une exonération d’impôt sur les plus-values après 5 ans (hors prélèvements sociaux). L’horizon long terme du value investing est parfaitement compatible avec la durée de détention recommandée pour optimiser la fiscalité du PEA.

Quelle est la différence entre value investing et dividende investing ?
Ces deux approches se recoupent partiellement mais ne sont pas identiques. Le dividende investing cherche des entreprises qui versent des dividendes élevés et stables. Le value investing cherche des entreprises décotées, qu’elles versent des dividendes ou non. Une entreprise peut être en même temps une belle opportunité value ET une source de dividendes — mais les critères de sélection ne sont pas les mêmes.


Laurent Vinatier — fondateur de Vivre en Bourse depuis 2017, créateur de la méthode LÉONARD.

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