Pourquoi je fuis les dividendes (et vous devriez peut-être aussi)

Les dividendes ont une image magnifique. « Toucher de l’argent sans rien faire. » « Un revenu passif qui tombe chaque trimestre. » « Vivre de ses dividendes. » C’est le rêve que vendent des dizaines de blogs et de YouTubeurs.

Pourtant, après des années d’investissement en bourse, les dividendes sont la dernière chose que je recherche dans une action. Voici pourquoi.


Ce que vous gardez sur 1 000 € de gains selon l'enveloppe fiscale
Sur 1 000 € de gains, le PEA vous laisse 828 € contre 700 € en CTO — dividendes ou plus-values.

Le mythe du revenu passif

Commençons par un fait comptable que personne ne vous dit clairement : quand une entreprise verse un dividende de 5 €, son cours baisse mécaniquement de 5 €.

Vous détenez une action à 100 €. L’entreprise verse 5 € de dividende. Votre action vaut désormais 95 €. Votre patrimoine total est identique — 95 € en action + 5 € en cash = 100 €. Vous n’avez pas gagné un centime.

Ce n’est pas un mécanisme caché ou pervers. C’est simplement de la comptabilité. L’entreprise distribue une partie de ses actifs à ses actionnaires, donc sa valeur diminue d’autant. Le cours reflète cette réalité le jour du détachement du coupon.

Alors pourquoi tout le monde parle de dividendes comme si c’était de l’argent qui « tombe » ? Parce que ça ressemble à un revenu. Psychologiquement, recevoir du cash sur son compte, c’est satisfaisant. Mais économiquement, c’est neutre.


La fiscalité qui tue la performance

Là où les dividendes deviennent vraiment problématiques, c’est sur la fiscalité. En France, les dividendes sont soumis au Prélèvement Forfaitaire Unique (PFU) de 30 % — sauf si vous les encaissez dans un PEA.

Concrètement : vous touchez 1 000 € de dividendes sur un CTO, vous gardez 700 €. L’État prend 300 € au passage.

Les plus-values latentes, elles, ne sont pas taxées tant que vous ne vendez pas. Si votre action gagne 30 % mais que vous ne la vendez pas, vous ne payez rien. Les intérêts composent sur la totalité du gain, pas sur 70 % du gain.

Sur 20 ans, cette différence est massive. Une action qui progresse de 10 % par an sans dividende génère un capital bien supérieur à une action qui progresse de 7 % par an avec 3 % de dividende taxé chaque année.


Dividende élevé : le signe d’une entreprise à court d’idées

Une entreprise qui verse un dividende élevé envoie un message implicite : « Je n’ai pas de meilleur usage de cet argent que de vous le rendre. »

C’est exactement l’inverse d’Amazon, qui n’a jamais versé un centime de dividende. Pendant 20 ans, Jeff Bezos a réinvesti tous les bénéfices dans la croissance. Résultat : une action qui a été multipliée par plus de 100.

Les entreprises qui paient 5-6 % de dividende sont souvent des entreprises matures, dans des secteurs peu dynamiques — utilities, telecom, banques. Elles n’ont pas de projets de croissance ambitieux. Ce n’est pas nécessairement mauvais, mais ce n’est pas là que se trouvent les grandes performances.

La stratégie momentum que j’utilise sélectionne les actifs qui montent. Les actions à fort dividende sont rarement dans ce peloton de tête — précisément parce qu’elles distribuent au lieu de croître.


Le piège de la « value trap »

Il existe un phénomène bien documenté en bourse : la value trap. Une action dont le cours a chuté de 40 % affiche mécaniquement un rendement sur dividende très élevé — si l’entreprise maintient son dividende. Les investisseurs en dividendes la trouvent attractive. Ils achètent. Et souvent, quelques mois plus tard, l’entreprise coupe son dividende et le cours chute encore.

Le dividende élevé était un signal d’alarme, pas une opportunité. L’entreprise était en difficulté. Le marché le savait déjà — d’où la baisse du cours.

Regarder le rendement du dividende sans analyser la santé de l’entreprise, c’est comme choisir un restaurant parce que la terrasse est jolie sans regarder les avis sur la cuisine.


Quand les dividendes ont du sens

Je ne dis pas que les dividendes sont inutiles. Il y a des cas où ils ont du sens :

  • En phase de consommation du capital : à la retraite, si vous avez besoin d’un cash-flow régulier sans vendre des actions, un portefeuille de dividendes peut simplifier la gestion.
  • Dans un PEA : les dividendes versés restent dans l’enveloppe et peuvent être réinvestis sans friction fiscale immédiate.
  • ETF à dividendes capitalisants : un ETF qui capitalise les dividendes (au lieu de les distribuer) vous offre l’exposition aux entreprises à dividendes sans la taxe annuelle. Le meilleur des deux mondes.

Mais dans une stratégie de croissance du capital sur 10-20 ans, chercher les dividendes les plus élevés est contre-productif. Ce que je cherche, moi, c’est le momentum : les actifs qui performent le mieux, quelle que soit leur politique de dividende.


Ce que je fais à la place

Ma méthode repose sur la force relative et le momentum : je détiens les actifs qui surperforment le marché sur les 3 à 12 derniers mois. Quand ils perdent cette dynamique, je les remplace par les nouveaux leaders.

Cette approche ne se soucie pas de savoir si une action verse 0 % ou 4 % de dividende. Elle se demande uniquement : est-ce que ce titre monte plus vite que les autres ? Si oui, je le garde. Sinon, je passe à autre chose.

C’est l’approche que j’enseigne sur ce blog — une méthode qui demande 15 à 30 minutes par mois et qui cherche la performance là où elle se trouve réellement, pas là où elle semble confortable.


Questions fréquentes

Les dividendes ne sont-ils pas un signe de solidité financière ?

Pas nécessairement. Certaines entreprises solides ne versent jamais de dividendes (Amazon, Google, Berkshire Hathaway). D’autres versent des dividendes insoutenables pour attirer les investisseurs, avant de les couper. La solidité se lit dans les fondamentaux, pas dans le dividende.

Peut-on vraiment « vivre de ses dividendes » ?

Oui, si votre capital est suffisamment important. Mais vous pouvez aussi vivre de vos plus-values en vendant une fraction de votre portefeuille chaque année. La différence : les plus-values sont taxées uniquement à la vente, là où vous le décidez. Les dividendes sont taxés chaque année, sans que vous ayez le choix.

Faut-il éviter toutes les actions à dividendes ?

Non. Si une action à dividendes est aussi la plus performante en termes de momentum, je l’achète sans problème. Ce que j’évite, c’est de sélectionner des actions parce qu’elles versent un dividende élevé. Le critère de sélection doit être la performance, pas le dividende.

Les ETF à dividendes, c’est différent ?

Un ETF capitalisant qui réinvestit automatiquement les dividendes (comme beaucoup d’ETF Amundi ou iShares éligibles PEA) est bien plus efficace fiscalement qu’un ETF distribuant. Préférez toujours la version capitalisante dans votre PEA.


Pour aller plus loin :


⚠️ Nos contenus sont fournis à titre informatif et ne constituent pas un conseil en investissement. Les performances passées ne préjugent pas des performances futures. Tout investissement comporte un risque de perte en capital.

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Commentaires

Une réponse à « Pourquoi je fuis les dividendes (et vous devriez peut-être aussi) »

  1. […] Investir pour faire fructifier votre argent Les raisons qui me font fuir les actions à dividende […]

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